Personal Recollections
Bernard Freyd raconte le CDE | Bernard Freyd raconte le CDE |
Page 2 of 2 Pendant la première année, en 1956, ont eu lieu les événements de Hongrie. Michel Saint-Denis nous a réunis pour nous dire : ‘Beaucoup de jeunes gens qui étaient là-bas dans des écoles de théâtre ont demandé s'ils pouvaient se réfugier chez nous. Si vous êtes d'accord, il faudra probablement partager les bourses avec eux.’ Nous avons accepté, évidemment. Et nous avons donc hérité de deux Hongrois, Tibor Egervari et Attila Monos, qui sont entrés en section technique. Tibor est maintenant directeur d'une grande école au Canada, et avant, il a longtemps dirigé Bussang. Attila Monos est retourné par la suite en Hongrie et est devenu un intermédiaire important entre le cinéma hongrois et les productions étrangères. Il y avait d’ailleurs énormément d'élèves étrangers : d’abord des Suisses - Claude Petitpierre, Lise Perrenoud -, et par la suite beaucoup de Maghrébins, comme Razack Hammami, qui est devenu un grand ponte de la télévision tunisienne, où il a créé les programmes de dramatiques. Deux scénographes de mon groupe étaient israéliens, et nous avons eu aussi une auditrice chilienne. Puis Hubert Gignoux a pris la direction du CDE. Lors de notre première rencontre avec lui, il nous a dit : ‘Je ne connais rien à l'Ecole, ça ne m'intéresse pas. Vos professeurs resteront là, moi je ne sais rien faire dans ce domaine’. Ça nous paraissait brutal. Mais il a ajouté : ‘Je peux quand même vous servir à une chose : vous renvoyer l'image du métier, vous dire si c'est vendable, si vous pouvez travailler avec ça. C’est ce que je vais essayer de faire, au moins dans un premier temps’. Il n'était pas là depuis six mois que l'école l’a littéralement aspiré : ça l'a passionné. Il nous a très vite subjugués par son intelligence prodigieuse, sa vivacité d'esprit extraordinaire, par ses qualités exceptionnelles de lecteur. Il a beaucoup apporté à l'École. C'est lui qui a instauré la règle d’offrir une année de contrat dans la troupe aux élèves qui sortaient. Il voulait nous mettre le pied à l’étrier. Il était acteur lui-même et avait une forte conscience de ce que pouvaient représenter pour un jeune comédien trois mois de salaire au sortir de l’École – un petit pécule pour démarrer dans la vie, simplement pour prendre une chambre à Paris sans être obligé d'aller mendier. Strasbourg, 23 septembre 2005 |
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