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Page 2 of 2 Dès la première année, nous présentions des pièces complètes, parfaitement prêtes – décors, costumes et maquillages très poussés – tout en sachant qu'aucun spectateur ne les verrait sauf les professeurs : dix personnes dans la salle au maximum. En seconde année : la même choses, plus quelques amis. Saint-Denis avait là-dessus un principe pédagogique très précis : il fallait retarder le contact du jeune comédien avec le public et en choisir le moment exact. La rencontre se faisait en troisième année, avec une « tournée Tréteaux » dans les campagnes les plus difficiles, Saverne, Wissembourg, etc. On apportait du théâtre là où il n'y en avait jamais eu, jusque dans les petits villages, jusqu'en Suisse, en Bourgogne, on tournait dans tout l'Est de la France, parfois dans vingt lieux différents. Et il faisait froid, il n'y avait pas de loges.
Comme technicien, j'ai été formé par Camille Demangeat, qui avait été le régisseur-constructeur de Jouvet, et enseignait à l'Ecole la construction des décors. C'était un professeur extraordinaire. Sa pédagogie n'était pas théorique mais son savoir était immense : un élève régisseur ou metteur en scène que la technique intéressait pouvait tout lui demander. Il faut dire que j'ai eu une chance inouïe au démarrage : j'ai vu le théâtre se construire. Les premiers mois, il y avait un trou, puis étage après étage on l'a vu monter, les dessous, la scène... L'architecte, Pierre Sonrel, m'a aussi beaucoup appris.
L'idée de faire travailler la section Régie avec la section Jeu donnait lieu de fait à une formation en mise en scène, même si ce n'était pas spécifié nommément. J'ai été le premier à être orienté vers la mise en scène. Comme j'avais fait des études universitaires, Michel Saint-Denis me disait ‘Je me méfie de l'université ; elle passe à côté du corps de l'acteur, de son jeu’ – c'était pour lui l'essentiel. Mais il devenait de plus en plus gentil, et il m'a confié en troisième année la direction d'un exercice sur un texte de mon choix. C'est lui qui m'a poussé à la mise en scène et il a transmis cette idée à Hubert Gignoux, son successeur, qui m'a engagé à mon retour du service militaire comme professeur à l'École. J'y suis resté onze ans, tout en animant la Compagnie des Drapiers qui montait du répertoire contemporain – Kroetz, Dorst et bien d'autres. C'est grâce à Gignoux, qui avait accepté que nous soyons appointés comme professeurs à l'École tout en réalisant des spectacles, que nous avons pu faire exister les Drapiers. Il savait que je faisais mon travail : pendant ces onze ans, j'ai dirigé une quarantaine d'exercices d'élèves et j'ai suivi tous les groupes. Les Drapiers ont aussi joué un certain rôle par rapport à l'École. Quand Pierre-Etienne Heymann en a pris la direction, il nous a confié des élèves de troisième année pour des ateliers de sortie. Certains ont joué une pièce d'Arrabal, d'autres une pièce de Peter Weiss : c'était pour eux un premier débouché dans un théâtre non officiel.
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