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Page 3 sur 3 Les Tréteaux
Une autre production, Notre petite ville, d’un auteur américain contemporain, Thornton Wilder, part en effet en décembre 1958 pour quarante-sept représentations sous la bannière des Cadets. Elle a été mise en scène par Pierre Lefèvre dans un dispositif et des costumes d’Huguette Gasbar. Hubert Gignoux lui-même est parmi les interprètes, avec six comédiens qui n’ont pas été formés à l’École, quatre anciens du Groupe II et deux du Groupe I. La jeune troupe a changé de fonction, et va changer de nom. Sur le tract qui présente sa tournée suivante (La Cruche cassée de Kleist et L’Amour médecin de Molière), on lit ceci : « Cette saison nous avons pensé qu’il n’était pas nécessaire de maintenir une appellation que certains trouvaient péjorative – d’autant que cette troupe est toujours encadrée par quelques aînés qui ont acquis l’expérience avec l’âge. Mais puisque la nature du répertoire et les conditions matérielles de la tournée nous obligent à une discrimination, ce sont les Tréteaux de la Comédie de l’Est qui poursuivront l’œuvre entreprise par les Cadets. » La «deuxième troupe», dont le projet et les tentatives de réalisation ont traversé l’évolution du Centre jusque-là, est à présent pleinement opérationnelle, et elle connaîtra de belles réussites. Un souci cependant la suit encore comme son ombre : ne pas laisser croire que la troupe « rurale » est une troupe « inférieure ». Les comédiens du Centre seront distribués alternativement dans les deux troupes, c'est le circuit des tournées qui va faire la différence : salles correctement équipées d'un côté, lieux plus réduits et plus sommairement dotés de l'autre. Le répertoire du circuit Tréteaux sera aussi choisi plus «accessible» et plus conforme aux vœux des organisateurs. Les décors surtout seront plus légers et conçus de manière à s'adapter à des plateaux très divers. Ce sera une des fonctions de l’École de préparer ses décorateurs à cette souplesse de conception.
Trois spectacles Comédie et deux Tréteaux sont prévus pour chaque saison. La deuxième tournée des Tréteaux de la saison 1959-60 (Elles et eux, comédies de Feydeau et de Marivaux, avec un divertissement en chansons) inclut quatre acteurs du Groupe IV en fin d'études. Deux élèves «sortantes» se partagent la scénographie. Dans le programme, on rappelle les enjeux des Tréteaux : « Le but au départ était triple : créer un circuit parallèle à celui de la Comédie de l'Est qui puisse répondre aux demandes des localités les moins bien pourvues scéniquement, assurer un débouché aux élèves sortant de notre École, inventer une formule de spectacle où les diverses techniques dramatiques puissent se donner libre cours et dont la qualité n'exclue pas le plus large public. » Des élèves de troisième année font encore leurs débuts avec les Tréteaux en 1961 (Groupe V) et en 1962 (Groupe VI). Puis deux innovations marquent la saison 1962-63. C'est une troupe invitée qui assure la seconde tournée des Tréteaux : le Théâtre populaire romand que vient de créer en Suisse Charles Joris, sorti avec le Groupe V. Et la décision est prise de permettre aux élèves en fin de scolarité l'intégration dans un spectacle Comédie : pour le Groupe VII, ce sera Les Chemins de fer de Labiche mis en scène par Gignoux. La promotion suivante termine en 1965 sa scolarité dans la formule d'un «Tréteaux réduits» : un spectacle Ionesco-Arrabal mis en scène par Claude Petitpierre, sous le label du Théâtre des Drapiers qu'il a fondé avec Gaston Jung et d'autres anciens élèves de l’École toujours actifs au CDE. Sur douze représentations, six sont données dans la salle d'un restaurant strasbourgeois mise à la disposition de la nouvelle compagnie. En 1966, une autre tournée réduite (quinze représentations) offre sa rampe de lancement au Groupe IX dans L'Épreuve de Marivaux, montée par Raymonde Lecomte et Pierre Lefèvre, et Dormez, je le veux de Feydeau, par Hubert Gignoux.
Il n'y aura pas d'autres Tréteaux pour les élèves, même si les tournées sur ce circuit se poursuivent, l'une et l'autre fois avec des troupes invitées : le Théâtre populaire de Lorraine (Jacques Kraemer, André Steiger) et encore le Théâtre populaire romand. C'est l'autre formule qui l'emporte désormais, la distribution dans un «grand» spectacle du Centre qui va bientôt devenir TNS . En avril 1968, le Groupe X est embarqué dans une «création collective», Une très bonne soirée, et le Groupe XI fait sa rencontre avec le public en avril 1969 dans Les Anabaptistes de Dürrenmatt mis en scène par André Steiger, qui est aussi professeur à l’École. Le Groupe XII a encore droit en février et mars 1971 à un spectacle «séparé», avec deux pièces de Peter Weiss montées par Pierre-Étienne Heymann et présentées au Théâtre des Drapiers. Mais il avait participé en deuxième année d'études (mai 1970), comme Chœur des jeunes contestataires, à l'agitée Prise de l'Orestie . Une aventure persévérante et volontariste s'achève. Le cahier des charges du Théâtre national ne comportera plus de mission régionale. Malgré cela, et même si les petites villes n'ont pas toujours répondu à l'effort du CDE par un effort suffisant d'équipement et d'accueil, Hubert Gignoux est décidé à continuer et lance autour des représentations du Barbier de Séville mis en scène par Pierre-Étienne Heymann une intense campagne «d'animation culturelle» pour trouver aux Tréteaux un nouveau public. Mais à la fin de cette saison 1970-71, il quitte la direction du théâtre. Le TNS aura désormais d'autres enjeux et essaiera d'autres solutions pour assurer la rencontre de ses élèves avec le public.
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