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Churchill sur les Champs Elysées à la Libération

 Michel Saint-Denis raconte l'hommage rendu par De Gaulle à Churchill sur les Champs Elysées, le 11 novembre 1944.

 

Récemment publié dans Deux jours avec Churchill de Jacques Duchesne , postface de Baptiste-Marrey, éditions de l'aube (2008).

 

Dans ses mémoires, Le Général De Gaulle relate ainsi l'événement :

" Le 30 octobre, nous invitâmes MM. Churchill et Eden à venir nous voir à Paris. Pour la forme et sans illusion, nous avions, en même temps, adressé à MM. Roosevelt et Cordell Hull une invitation semblable qui fut, celle-là, déclinée. Churchill et Eden arrivèrent le 10 novembre. Nous les reçûmes de notre mieux. Paris, pour les acclamer, donna de toute sa voix (. …) Le lendemain était la fête de la Victoire. Après la visite au Soldat inconnu et le défilé des troupes, nous descendîmes la voie triomphale, Churchill et moi dans la même voiture, sous une tempête de vivats. A la statue de Clemenceau, le Premier Ministre déposa une gerbe de fleurs, tandis que, sur mon ordre, la musique jouait : Le Père la Victoire, «  For you » lui dis-je . C’était justice."

in Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Le Salut, 1944-1946, Paris, Plon, 1960.

Et voici le récit qu’en fait Michel saint Denis :

Jacques Duchesne et la BBC

Interview video de MSD à propos de Churchill 

Extraits audio de la BBC 

 


 

Extrait :


ImageLe 11 novembre 1944-il y avait deux jours seulement que j'étais rentré dans Paris libéré – je me trouvai au balcon de la Radio Diffusion française sur les Champs Elysées , très exactement au balcon de l'ancien poste parisien où quelque temps auparavant les Jean Herold Paqui , les Henriot et consort officiaient sous le contrôle allemand. J'étais là , avec mes amis de l'équipe française de Londres, et quelques anglais de la BBC . A nos pieds se dressait l'estrade officielle d'où , pendant trois heures , le Général de Gaulle et Winston Churchill , entourés de toute une foule de personnalités , allaient assister au défilé des troupes alliées.A travers les feuilles jaunies des platanes , nous apercevions distinctement , au  milieu du premier rang , la haute silhouette du Général, sa tête haut perchée sous le képi sans ornement, et immédiatement à sa droite , la masse bien rassemblée du Premier Ministre britannique. De l'autre côté de l'Avenue , le service d'ordre s'était longtemps efforcé de maintenir déserte la portion du trottoir faisant directement face à la tribune , mais les cordons d'agents avaient dû céder bientôt à la pression de certains groupes précédés de drapeaux de toutes couleurs , qui dès le début du défilé se trouvèrent occuper la totalité du terre-plein. A partir de ce moment là, dans l'air bouleversant de cet automne tout neuf , je me trouvai partagé entre l'émotion presque intolérable que soulevait l'apparition  au loin de chaque groupe de combattants , et l'irritation croissante que provoquaient en moi les manifestations répétées des groupes à drapeaux qui me faisaient face de l'autre côté de l'Avenue.
 Chaque fois qu'une pause dans le défilé autorisait une détente, les manifestants criaient systématiquement" Vive de Gaulle" sur l'air des lampions ; et chaque fois, mes yeux se fixaient sur le dos de Churchill ou sur la silhouette d'Anthony Eden, et je me disais que c'étaient eux tout de même qui ce jour là étaient les hôtes de Paris. Vers la fin de la matinée , avant le passage des sapeurs- pompiers je crois bien , les cris devinrent si insistants , si prolongés , que Winston Churchill , que la gêne me  portait à observer plus minutieusement que jamais , tourna la tête du côté du Général de Gaulle , puis lentement , en acteur qui connaît son public , fit passer  devant lui son bras droit , de telle sorte que tout le monde eut le temps de voir le trajet de sa main dans la direction du Général. Le Général sans doute à cause de sa haute taille fut le dernier à s'apercevoir du geste , mais enfin, il aperçut cette main tendue au- dessous de lui , il eut un petit mouvement d'hésitation ou de surprise , puis il la serra , et la bande des manifestants sur le trottoir d'en face se mit à hurler " Vive Churchill".

(...)